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Simone

Optant pour une peinture satyrique basée sur l’observation de la nature humaine, Simone, laisse son inspiration vagabonder vers une retranscription des relations humaines où la couleur traduit le caractère dans un style simple et direct. Cette grande dessinatrice dont
l’œuvre baigne dans une harmonie de formes et de signes met en valeur les dérives de la condition humaine. Monde de gros, de maigres, de tendres et de durs. Monde de regards dans lequel se continue l’esprit de Rabelais mais qui relève aussi un certain expressionnisme
puissant, servi par une technique magistrale et un sens du trait tout en courbes et en nuances. Tantôt foisonnantes, tantôt dépouillées, parfois imposantes, puissantes et impérieuses, quelquefois sévères, quelquefois baroques, les oeuvres de Simone ont toujours ce
caractère inéluctable.
Simone abandonne toute référence à l’image classique et nous demande d’être un de ses personnages, pour qui elle construit des imaginaires, des rencontres anatomiques ou l’évolution symbolique se poursuit devant le cœur et l’esprit de celui qui ose regarder. Mais que
nous dissimule l’artiste ?
La femme d’abord, parce que, en l’occurrence, le personnage, son image de sensuelle anarchiste et sa réputation ont une importance plus que capitale sur sa trajectoire artistique et l’idée qu’on s’en fait. Le peintre ensuite, qui manie l’ironie et la dérision, qui se remet sans
cesse en question. Simone est peintre à l’évidence et elle contourne l’extraordinaire difficulté‚ de ses choix plastiques dans la monumentalité.
Cette grande prêtresse des rencontres paradoxales aime provoquer des rendez-vous secrets pour établir un dialogue entre le sujet et son reflet. Toutes les traces de sa vie et de son œuvre déterminent une démarche artistique manufacturée par l’observation rigoureuse de
la nature humaine.
Simone manie l’ironie et la dérision pour contourner l’extraordinaire bestiaire de l’alphabet humain.
Elle doit les aimer les natures vertueuses, spontanées ou sophistiquées! Pourvu qu’elles soient vivantes, ces marées de masques, dans lesquelles se perd une vision sombre mais libérée des lourdeurs du statut social et des décors d’apparence. Celui qui regarde le tableau
refuse ou adopte le parcours du peintre, un parcours singulièrement énigmatique qui vous ramène au cœur de notre enfance, une enfance ou le monde des adultes est vu sous des angles bien singuliers.
Toute son oeuvre renferme sous des allures burlesques une symbolique qui ravive la mémoire des hommes par le rire de l’artiste. Un rire à la Breughel, tranchant et profond, qui résonne comme un glas d’amour sur les plaines de l’indifférence.
Avec une verve impertinente, cette fille illégitime de Rabelais participe pleinement de son temps à la nature humaine.
Contrainte à la contemplation de nos perpétuels mensonges, non sans humour, elle esquisse des créatures aux yeux canins pour relire des émotions langoureuses et si son imagerie met en scène des corps qui scandent une ténébreuse danse humaine dans les eaux
troubles du style, la présence réelle de tout son univers s’échange contre les signes de l’amour.
Art incisif et tendre, il résonne avec bonheur dans de funestes galeries de portraits… Mais de ses errances à travers le monde des fêtes populaires et des kermesses, l’artiste veut nous faire surtout partager la dualité de sa vision du monde, un monde fort et franc, rythmé au
gré de ses états de conscience... Moraliste... sa manière, elle a apporté à l’art en général et à l’art Wallon en particulier, un piment qui taquine les torpeurs et stimule les énergies.
Son art orchestre avec prestance les vices aux côtés de la vertu dans l’absolu de notre Quotidien, mais lorsqu’on pose un regard pénétrant sur l’ensemble de son oeuvre, nous sommes surpris par la verve constance d’une femme-artiste qui s’inscrit comme personnalité a
part entière dans le cercle intime des authentiques créateurs Wallons.


Lucien Rama
Critique d’art A.A.A